Note de l’équipe Calames. Nous avons souhaité ouvrir ce blog aux établissements qui composent le réseau Calames. La Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet inaugure ce nouveau genre. Voici le premier post de la saga Doucet, épopée EAD ! Sophie Lesiewicz, conservateur à Doucet, en est l’auteur.
Depuis mars 2009 et la V2 de Calames, la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet a dévoilé au monde le nouveau visage de son catalogue des manuscrits.
Plus qu’un moyen de diffusion de ce catalogue, Calames en a permis la conception. Techniquement, bien sûr, à travers la reprise des données PALME[1], mais, d’abord intellectuellement, parce que l’usage de Calames induit un regard introspectif sur l’organisation et la gestion des manuscrits de l’établissement et un travail historique sur la constitution des collections. Cette première étape, en permettant de bâtir la structure du catalogue tel qu’il apparaît dans Calames, a aussi été l’occasion de redéfinir clairement le contour des collections. La BLJD dans Calames, c’est donc une nouvelle visibilité, mais aussi une nouvelle lisibilité.
Trop souvent hélas, quand on ne la confondait pas avec la Collection Jacques Doucet de l’INHA, on la qualifiait de « Fonds Jacques Doucet », ce qui est doublement erroné s’agissant d’une entité initialement constituée, non par un fonds organique, mais par une collection savamment élaborée, puis par des acquisitions raisonnées. De manière tout à fait contradictoire, la BLJD apparaissait enfin à d’autres comme un assemblage hétéroclite de fonds virtuels.
Ces confusions étaient induites par l’absence de structuration du catalogue des manuscrits de la bibliothèque. Tout d’abord, il n’est que depuis peu en cours d’informatisation (livraison des données PALME en EAD en 2007, rétroconversion des manuscrits XIXe siècle et récemment inventoriés toujours en attente de financement). Mais surtout, il est le reflet de l’ancienne approche des fonds et archives dans les bibliothèques, à savoir un traitement des manuscrits pièce à pièce, sans contextualisation et sans respect de l’intégrité des fonds. On avait ainsi porté atteinte à certaines collections pour en extraire un « fonds » artificiel. C’était le cas du « fonds » Aragon, qui appartient en fait à la Collection de Jacques Doucet, ou du « fonds » Eluard, qui provient de la Collection de Lucien Scheler. Des « fonds » virtuels ont aussi été construits à partir de composants du fonds général et de prélèvements dans d’authentiques fonds, tel les « fonds » Max Jacob, Jarry, Mallarmé ou Baudelaire.
Avec l’EAD, à travers Calames, qui permet enfin une description hiérarchisée, il ne fallait pas manquer l’occasion de repartir sur des bases nouvelles. Il importait de ne pas seulement hériter d’un répertoire d’auteurs issu de la rétroconversion en EAD des données PALME, mais de se l’approprier pour le mettre en adéquation avec la réalité des collections[2]. L’enjeu était de se doter d’un instrument de recherche, mais aussi de gestion, structuré de manière à pouvoir être enrichi en respectant la logique de fonds qui s’impose désormais à la BLJD.
Un travail de reconstitution historique et d’archéologie des fonds, à travers les livres d’inventaire et les archives de la bibliothèque, a donc été entrepris. Il a permis de retrouver un fonds général et des fonds spécifiques, la difficulté étant de les démêler en s’en tenant strictement à des critères archivistiques (producteur, provenance). Il a surtout fait surgir la Collection de Jacques Doucet, considérée depuis des années en mythe fondateur de la bibliothèque qui porte son nom, sans que les contours en aient été délimités. Une fois celle-ci reconstituée, le catalogue retrouvait sa cohérence et la BLJD son assiette.
A suivre : L’intégration épique de 36 000 Wild Palms dans Calames
[1] une aventure dont la BLJD avait déjà ébauché le récit aux journées de l’ABES 2008 (cf billet 2 !)
[2] Et ce avant même de tâcher d’exploiter les potentialités de l’EAD et de corriger les imperfections d’une rétroconversion de masse (cf billet 2)

