(Suite du billet du 12/06/2012, consacré aux fonctionnalités du service Calames Images).
Des deux versants de Calames Plus, les commentaires occupent en quelque sorte l’ubac. A divers titres : ce n’est pas à ces fonctionnalités que la majeure partie du temps de développement a été consacrée, loin s’en faut ; et ce n’est pas cet aspect du projet qui a soulevé le plus d’enthousiasme parmi les experts du réseau.
L’objectif fondateur de ce service est de (commencer à) donner une dimension collaborative l’ouverture des données – l’un des grands axes de la politique de l’ABES. Le volet « commentaires » de Calames Plus répond plus spécifiquement à une volonté de susciter la participation des différents publics du patrimoine en bibliothèques en matière de description et d’accès aux fonds et collections d’archives et de manuscrits. Il est tout particulièrement vrai dans ce domaine que « les catalogues se doivent de rester au diapason des travaux d’identification et d’étude des documents patrimoniaux » (voir le compte rendu de l’atelier Patrimoine tenu à l’ABES le 16 mai 2011).
Peu de catalogues en ligne ont jusqu’alors tenté une expérience comparable – si l’on peut citer quelques cas approchants, comme les comptes Worldcat (d’abord destinés aux professionnels des bibliothèques), ou plus récemment le site des instruments de recherche des B.U. de Princeton, il est certain que l’on manque de recul à ce sujet. Ce genre d’audaces adventices n’est souvent pas jugé prioritaire. Aussi le volet Commentaires est-il plus particulièrement visé par le caractère « probatoire » des premiers mois de mise en production qui courront jusqu’au printemps 2013. Cette évaluation est l’affaire de tout le réseau et sera sanctionnée lors du comité de suivi annuel de l’application Calames.

L’exemple du nouveau site de publication des inventaires de Princeton, mis en production cet été. En plus d’un feedback mettant en relation avec les responsables du site, les fonctionnalités d’annotations font usage de l’outil IntenseDebate, système de gestion des commentaires à l’usage des blogs et sites web.
Les objections et obstacles à la mise en place de Calames Plus Commentaires ont été (et dans certains cas demeurent) de plusieurs ordres :
* du point de vue juridique. Parmi les craintes que la mise en place du volet a pu susciter au sein du réseau, l’une d’entre elles a trait aux risques d’usurpation d’identité, et plus secondairement, à différents types d’usages impertinents. Aussi le service se devait-il de se doter d’un double cadre (droits et devoirs) :
- l’acte réglementaire de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) en date du 8 novembre 2010 définit les modalités de fonctionnement du service relativement aux données à caractère personnel sur lesquelles s’applique le droit d’accès et de rectification : données d’identification (nom, prénom) et vie professionnelle (domaine de recherche, équipe et établissement d’appartenance)
- toute création d’un compte Calames par un internaute suppose d’accepter une charte d’utilisation du service, validée par le comité de suivi Calames 2011. Le texte de ces conditions d’utilisation est accessible depuis chaque boîtier de commentaires. Assumant l’initiative du projet, l’ABES s’est engagée à effectuer le suivi global des annotations effectuées sous les notices de Calames durant l’année d’évaluation, à avertir le cas échéant les établissements concernés, et/ou à supprimer des commentaires en contradiction avec les objectifs du service.
* du point de vue technique. Calames Plus, en regroupant deux services (images et commentaires) envisageables indépendamment l’un de l’autre, est pour ainsi dire né sous les auspices de Janus. Le pari de l’autonomie est un des principes fondateurs de Calames. La volonté de l’ABES de donner à différents types de publics les moyens de contribuer à l’édifice commun s’est traduite dans l’architecture technique du projet. L’existence du pivot que représentent les comptes à accès authentifiés justifie (seule) une conception sous forme de unique. Ce dénominateur mis à part, le volet « commentaires » dispose de ses propres fonctionnalités, tout aussi simples que celles de Calames Images : aux modifications et suppressions de commentaires par leurs auteurs, s’ajoute la possibilité de suivre par fils RSS les commentaires effectués à quelque niveau descriptif que ce soit (notice, groupe de notices, établissement, base Calames dans son entier). Les établissements membres du réseau peuvent par ailleurs librement créer un compte institutionnel pour répondre à des commentaires, compte qui peut être augmenté si l’établissement souhaite déposer des images.
Le cahier des charges techniques initial n’a pu être entièrement rempli à ce jour : il a ainsi fallu renoncer (temporairement ?) à une possibilité d’authentification simplifiée via Renater, la fédération d’identité des universités françaises. Le recours à Shibboleth permet(trait) aux communautés de recherche et d’enseignement supérieur, qui constituent sans ambiguïté le principal public-cible d’un tel service, d’éviter de la création d’un énième compte à gérer.
* du point de vue des usages. Quelle plus-value peut-on attendre de commentaires déposés sans circuit de validation ? Les risques de mésusages ou de sous-emploi sont réels (p.ex., des messages « perdus » voués à être réorientés vers le bouton « contacter la bibliothèque » ou vers le guichet d’assistance de l’ABES). A contrario, soulignons aussi qu’il est peu probable que cela entraîne un surcroît de travail pour les établissements, et que dans un univers d’infobésité l’internaute utilisant l’interface publique de Calames a le droit d’être davantage assimilé à un associé potentiel qu’au « tout-venant ». Devant la gêne que peuvent ressentir certains utilisateurs à voir juxtaposés deux niveaux d’informations bien différents, l’un (les métadonnées structurées d’instruments de recherche publics) n’ayant pas nécessairement vocation à la même pérennité et au même traitement que l’autre (des annotations composées librement), il faut rappeler que le distingo est clairement établi :
- dans l’ergonomie de l’interface Calames : les commentaires sont par défaut masqués, les consulter doit donc faire l’objet d’un clic (si ce n’est d’une démarche) supplémentaire ;
- dans l’exploitation des données : les annotations, contrairement aux notices elles-mêmes, ne sont ni indexées dans la base, ni moissonnées par les moteurs de recherche généralistes.
Les entreprises de signalement demeurent généralement dans la pénombre des sciences (humaines) en train de se faire. L’insertion de Calames au sein des outils et pratiques de l’ESR ne peut simplement passer par une solution d’appoint ad hoc : pour en faire le maillon qu’il peut et/ou doit être sur les terrains de la valorisation, de la numérisation, de l’exploitation des sources, des humanités digitales…, il est légitime d’explorer (et il nous faudra probablement trouver) d’autres voies collaboratives, au-delà de cette première perche tendue vers la toile.
JMF 24/09/2012
